mardi 30 mai 2017

Retour

Voilà, c'est demain le départ, je referme ce blog......
C'est l'heure des bilans et de se demander si le Maroc nous aura influencés.....

A Tours, à côté de mon bureau, je vais m’installer une petite salle de prière.
Un truc fonctionnel mais au calme, avec crucifix design au mur et prie-Dieu clic-clac Ikea (Eukåristøx 79 Euros). 
Comprenez-moi, personne n’est à l’abri d’une envie de réciter un ou deux psaumes à l’heure du déjeuner, en plus on ne sera pas tous sauvés je vous le dis. Enfin, un peu dubitatif sur le process en cours de l’Apocalypse, je préfère prendre des mesures élémentaires de sécurité avec l’Au-delà. 
On ne sait jamais......

mercredi 10 mai 2017

Quelques petits relents amusants de colonialisme

Plus de 60 ans après l’indépendance, des marques nombreuses et profondes du passage des français demeurent, la première d’entre elle étant l’usage de notre langue. Certaines sont plus anecdotiques et on se demande ce qui a privé les marocains de s’en débarrasser, comme par exemple ces boîtes à lettre jaunes qu’ils n’ont pas songé à changer…..
Le plus curieux est sans doute cette sonnerie de clairon qui nous a réveillés dans un riad où nous passions la nuit, voisin, nous ne l’avons su qu’à ce moment-là, d’une caserne. Oui, c’était bien, à 7h15 comme au bon vieux temps de l’ami Bidasse, sur l’air de « Soldat, lève toi soldat, lève-toi bien vite » que nous avons ouvert les yeux !

jeudi 4 mai 2017

Venir à Mhamid

Venir à Mhamid voir le bout de la route, ce petit rond de 10 000 âmes (j’ai pas dit ânes) sur la Michelin. Après lequel il n’y a plus rien ? Si, pourtant….
Venir à Mhamid et comprendre vraiment ce qu’est un ciel blanc de chaleur et de sable, 
par plus de 40° avant même la mi mai. Les habitants du cru (du cuit ?) s’auto-qualifient de « brochettes » en juillet et aout
Venir à Mhamid sur les dunes où seules les grosses papattes des dromadaires ne s’enfoncent pas 
Venir à Mhamid herboriser dans le désert où la vie s’articule autour des acacias, 

des tamaris,
 des dattiers et de ces surprenants haccely pitrus


Venir à Mhamid enfiler des pantalons « climatisés » en coton et suffisamment amples pour que le moindre souffle de vent vous donne une douce sensation rafraîchissante

Venir à Mhamid essayer de comprendre comment et pourquoi des hommes et des femmes demeurent sur ces paysages désolés et hostiles, balayés par le vent, 
les faisant partager au passant avec la ferveur de ceux qui savent leur présent menacé.

jeudi 20 avril 2017

Ce qu'on ne peut pas mettre dans un blog (article de Christine)

On ne pourra pas vous faire entendre le bruit du thé dans le verre, vous faire sentir les odeurs de fleur d’oranger dans la rue après la pluie, apprécier le gout de la cacahouète séchée et à peine grillée, très légèrement salée, comme on vous la présente ici, ou encore accompagnée d’orange, comme Said nous la propose à la pause de nos marches dans ses montagnes.
On ne pourra pas vous faire observer certains gestes simples, comme ceux d’une femme se lavant les mains ou réajustant son foulard….
Le Maroc, ce sont encore des sensations, des vibrations, des regards que nos pauvres mots sont impuissants à décrire.
Comment vous expliquer, par exemple, ces objets, ces mots, ces attitudes, qui nous paraissent simples à comprendre, au premier regard, à la première écoute, et qui contiennent une savante architecture, élaborés, choisis à bon escient, au bon moment, avec gout, avec tact, avec une finesse venue d’une éducation millénaire.

Comment vous traduire tout cela dans un blog ?

mercredi 5 avril 2017

Les copains d'abord


Pas prolixe sur le clavier, ces jours-ci. Désolé. C’est le défilé des copains et de la famille


et ça va encore défiler ces temps-ci à la maison. C’est la saison qui veut ça et aussi la fin annoncée de notre séjour marocain. Mes habitués dans la Médina me voient si souvent qu’ils ont décidé de « me garder » et je vais peut-être devoir prendre un abonnement Fès-Boulemane.

A plus tard.

jeudi 23 mars 2017

Absence(s)

Me voici encore une fois dans un avion qui m’éloigne de Fès. Encore une fois pour la bonne cause puisque nous fêterons, avec Philippe, cette semaine, les 90 ans de Maman, à la montagne, aux Contamines….
L’absence est à l’amour ce qu’est au feu, le vent
Il éteint le petit, il attise le grand
Ces absences, de ce qu’autrefois on appelait le « domicile conjugal », ont toujours pour moi les 2 sens que l’on peut donner au fait d’être absent : ne pas être (quelque part ou avec quelqu’un) et subir une absence, un trou, un manque…. C’est un laps de temps, qui, meublé d’activité ou de bonheur ou d’émotion ou de rien du tout, n’appartiendra jamais à la mémoire commune que nous nous tricotons à Fès.

Sur l’air bien connu de Johnny, avec les paroles revisitées : attttiseeeeer le feu !

lundi 20 mars 2017

Bob

Bob, c’est le diminutif de Boubaker.

Vendeur de babouches de son état, lutin malicieux dont les yeux trahissent en permanence sa soif de vivre, ce berbère de Tafraout aurait pu (du !) faire du théatre. Il cite si bien Shakespeare !
Cela ne l’empêche pas d’être un vendeur de haute compétition. Il vendrait du sable à un algérien !
Au détour d’une conversation, en sirotant un thé au Ruined Garden il me parle de ses 3 enfants, 3 filles, toutes 3 à l’université, c’est sa fierté, de son gout pour la pêche à la mouche, dada peu banal dans un pays où il y a si peu d'eau, de la création du monde, parce que, tout de même, on est au Maroc, mais aussi du doute et de la curiosité dont il regrette qu’ils soient choses si peu partagées par ses compatriotes.

On s’est sentis au premier coup d’œil, c’est comme ça. Il sait que cette camaraderie sera passagère, parce que nous repartirons chacun dans nos univers, mais c’est sans importance, ce qui est pris n’est plus à prendre…..

vendredi 10 mars 2017

Taxis rouges

965 667. C’est le nombre de kilomètres inscrits au compteur du « petit taxi » que j’ai pris ce matin. Ici, à Fès, ils sont rouges (ils seront bleus à Rabat, vert à Azrou, jaune à Agadir, etc…).


Ils ne sortent pas des villes, mais, à raison de 2 voire 3 chauffeurs par voiture, ils parcourent 3 à 400 kilomètres par jour. Le mien aujourd’hui, à ce train, n’avait donc pas plus de 10 ans, ce qui est encore très jeune ici pour une voiture.
Quant au prix, ça nous fait presque honte : 10 dirhams (moins d’un Euro) pour une course de 5 km, et 30 cts pour le taxi collectif qui nous emmène dans la médina !
Sur ces bases, petit problème d’arithmétique : sachant qu’un taxi blanc (ceux qui font du ville à ville), parcourt en moyenne 450 kms par jour et que leur âge moyen est supérieur à 20 ans, combien de fois peut-il parcourir la distance de la Terre à la Lune avant d’être mis à la casse ?

lundi 6 mars 2017

Fainéanter, donc....


Suite du précédent
Je me demandais aussi comment j’avais pu, je le comprenais toujours trop tard, passer à côté de tant de choses dans les pays où nous avons eu la chance de séjourner. C’est que séjourner n’est pas villégiaturer. Il m’apparait évident, grâce à Nicolas Bouvier (et aussi paradoxal que cela puisse paraitre au premier abord), que pour commencer à tant soit peu observer, il faut d’abord ne rien faire d’autre, ne pas être accaparé par telle ou telle tâche, telle ou telle mission, qui vous aura conduit vers ces rivages. Il faut donc fainéanter, comme le dit si joliment cet auteur avec lequel on aurait vraiment aimé voyager. Mais il nous assure aussi qu’ « être heureux, c’est une occupation à plein temps ».

On me demande parfois comment « j’occupe mon temps » ici à Fès, et il est vrai que je m’étonne quelquefois de ne jamais m’ennuyer, alors que j’ai l’impression d’en faire si peu... Eh bien, même si j’ai encore des occupations en lien avec ce que j’ai fait pendant 40 ans, je prends le temps de baguenauder, de regarder, de m’arrêter, de lire et puis, bien sûr, de bavarder, d’engager la conversation avec un voisin de bistrot. En plus, ici, ils adorent ça....

Tiens, une prochaine fois, je vous parlerai de Bob……

dimanche 5 mars 2017

Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations


Ce n’est pas moi qui l’affirme mais l’indispensable Nicolas Bouvier dans « L’usage du monde ». Je ne sais pas comment j’ai pu me passer de ce bouquin (paru en 1963), récit de voyage, mais aussi et surtout manuel de routard écrit avec un brio à vous donner envie de laisser tomber toute forme de stylo ou de clavier : je suis jaloux des gens qui écrivent aussi bien.
Merci donc à Benoit, qui a tapé dans le mille en m’apportant cette petite merveille, qu’il faudrait avoir lue avant d’embarquer dans n’importe quel avion pour n’importe quelle destination.

Ecoutez plutôt, 2 extraits pris au hasard….
Dans le premier, nous sommes à Belgrade en 1953….
« Il y a des villes trop pressées par l’histoire pour soigner leur présentation. Lorsqu’il avait été promu capitale yougoslave, le grand bourg fortifié s’était élargi par rues entières, dans ce style administratif qui n’était déjà plus moderne et ne semble devoir jamais être ancien. Grand Poste, Parlement, avenues plantées d’acacias et quartiers résidentiels où les villas des premiers députés avaient poussé sur un sol arrosé de pots-de-vin. »
Plus loin dans un village d’Anatolie…
« Tout en rabotant ses lattes, le marchand de cercueils discute avec son frangin qui occupe la boutique voisine et, par un heureux concours de circonstances, fabrique justement des fusils. La mort n’entre pour rien dans leur conversation, tout émaillée d’éclats de rire et de ces mots qu’à force de voir dans les pissoirs en toutes lettres ou en pictogrammes on finit quand même par connaitre. Quant aux cercueils ce sont de simples clayonnages de liteaux couverts de contreplaqué ou même de papier fort superbement décoré. Orange noir et bleu avec de grandes coulées d’or et des croix tréflées à la peinture d’argent. C’est un toc somptueux qu’un enfant crèverait d’un coup de pied. Mais ici où les arbres sont rares à quoi sert d’emporter du bon bois sous la terre ? »
Allez, encore un petit dernier pour la route (c’est le cas de le dire !) :
« A l’est d’Erzerum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou pour une autre, il peut arriver qu’on arrête la voiture et passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l’eau bouillir dans le primus à l’abri d’une roue. Adossé à une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s’en va vers le Caucase […]. On s’empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s’étire, on fait quelques pas pesant moins d’un kilo et le mot bonheur parait bien maigre pour décrire ce qui vous arrive. »


200 pages de ce style, on en reste le souffle coupé.

mardi 28 février 2017

La synagogue de Tanger



La synagogue de Tanger est toute belle, toute proprette et astiquée de frais par un « hassan », sacristain-trésorier qui fait aussi office de guide.



C’est un bonheur de voir cela, parce que les restes de la présence juive au Maroc que nous avions pu voir jusqu’ici ne plaidaient guère pour la version serinée par la vulgate populaire, à savoir que les juifs ont toujours été bien traités et respectés dans ce pays, et que leur patrimoine serait conservé voire réhabilité : les vestiges que j’ai pu voir ne sont le plus souvent que des ruines…. Celle-ci, en revanche est bel et bien en activité pour les quelques familles qui composent encore la communauté des fils d’Abraham de Tanger. Ce ne semble être le cas que de très peu d’entre elles, en dépit des affirmations officielles lues ici ou là. Les échanges sur les blogs des communautés d’anciens de leurs ressortissants marocains, font état de 3 synagogues actives à Casablanca, d’une ou 2 à Marrakech et d’une à Rabat. Celle de Fès a effectivement été réhabilitée, transformée en un musée inauguré par le roi il y a 3 ans….
et toujours fermée ! (La photo n'est pas de moi). J’ai essayé d’appeler sans succès les 3 numéros de téléphone censés permettre de joindre quelqu’un en mesure de l’ouvrir. Sans jamais aucune réponse à mes messages…..

lundi 20 février 2017

Faits alternatifs et physique quantique



J’ai été très injuste avec Donald Trump dans mon article du 11 mars de l’année dernière.
Le nouveau président américain est en effet sans aucun doute un candidat potentiel au prochain Prix Nobel de Physique, puisqu’il a adapté à cette discipline sa nouvelle théorie de l’information et de description du réel : par la voix de son porte-parole à la Maison Blanche, il nous a en effet fait savoir, que les propos tenus au sujet de son investiture n’étaient pas des mensonges mais des « faits alternatifs ». La théorie des faits alternatifs constitue une percée fulgurante dans l’univers de la pensée puisqu’à la fois elle balaie d’un coup d’un seul la raison aristotélicienne qui veut qu’une affirmation soit vraie ou fausse, mais élargit également le champ d’application de la physique quantique aux théories de l’information, cette même affirmation pouvant ainsi être à la fois vraie et fausse.
Avec la théorie de Donald Trump, si l’on choisit bien les valeurs C (le Contexte), et E (l’Expression) et qu’on les affecte du coefficient variable PLGPDC (selon la force avec laquelle on Prend Les Gens Pour Des Cons), alors on démontre avec facilité que 0=1. Ce qui explique notamment qu’il y avait des millions de gens à son investiture.
Une prochaine fois, j’essaierai de démontrer qu’il mérite aussi le Prix Nobel de la Paix (mais ce sera peut-être un peu plus difficile).

mercredi 15 février 2017

Médina

Il faut prendre son temps, s’arrêter. Je me suis posé dans un café de la place R’cif, pour vous décrire ce que je vois. Les tripes et les têtes de mouton
, voisinent, à la porte de la mosquée avec une agence locale de la Société Générale et un étal de quincaillerie, posé sur un drap aux reflets douteux,






qui expose une série d’articles à la Prévert : des cadenas, un pédalier de vélo pourvu d’une ( !) pédale, un robinet qui pourrait bien être en cuivre, si j’en juge par le vert de gris qui le recouvre, un tas de chaussures dépareillées,





des bobines de fil rouge, des rasoirs et des brosses à dents, des vieux fers à repasser,





et je pourrais continuer comme ça longtemps avant d’arriver au raton laveur…..

Comme il ne fait pas encore très chaud, le vendeur de soupe aux pois, a installé son énorme faitout sur son réchaud et je vais peut-être bien aller lui rendre une petite visite… On commence à me connaitre dans le coin, et si, visiblement, certains se demandent bien ce que je viens y faire, c’est toujours avec beaucoup de gentillesse qu’on vient me saluer.




Un rayon de soleil vient de percer et je me sens soudain comme un gros chat…..

 

 

 


samedi 4 février 2017

Vu d'en haut















Sous les ailes de l’avion, des paysages, dont l’ocre éternel efface l’histoire des femmes et des hommes qui ont vécu ici, le fracas de leurs vaines batailles ou leurs amours improbables, l’immense cortège des paysans courbés sur cette terre ingrate et les tours des kasbahs d’où les chefs de tribu les ont longtemps maintenus dans des états proches de l’esclavage :





c’est un monde qui n’a jamais été tendre envers ses créatures, qui défile sous nos yeux, et mon regard, qui accroche la pointe des minarets, m’incite alors à imaginer ce que l’appel de ceux-ci, depuis quatorze siècles, a pu avoir d’apaisant, de réconfortant et de porteur d’espoir pour tous ces gens dont le passage sur la terre aura été bien difficile….. C’est cela aussi, l’Islam….





Et les damiers bien ordonnés des oliviers font écho à la géométrie implacable des zelliges.

vendredi 27 janvier 2017

Encore l'imprimerie




L’article dans lequel je rapportais des propos sur l’introduction (très) tardive de l’imprimerie au Maroc, comme (une des) causes de la perte progressive d’influence du monde arabe depuis 5 siècles, a suscité quelques réactions de lecteurs (en fait, soyons honnête, quelque réaction de lecteur, au singulier) : comment ? Et le Coran ? Il n’aurait donc pas été imprimé, au Maghreb, avant le début du XXème siècle ? Et le Maroc n’aurait donc produit que des copies manuscrites ? Ou importé des Livres Saints depuis l’étranger ?

Je suis parti à la recherche de sources, et j’ai trouvé ceci :

 

http://expositions.bnf.fr/livrarab/arret_sur/imprimes/texte.htm

 

 
Les entraves à l’implantation de l’imprimerie
 
Pour des raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles, l’imprimerie à caractères mobiles s’implante très tardivement dans le monde arabo-musulman. Quelques tentatives isolées, plus ou moins réussies et liées à des milieux très précis, ont lieu entre le XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle en Europe et au Moyen-Orient. Mais ce n’est qu’au milieu du XIXe que l’imprimerie commence réellement à concurrencer la copie manuscrite.
Dès le XVIe siècle, les imprimeurs français et italiens ont trouvé des solutions pour restituer typographiquement l’écriture arabe, dont les ligatures et le tracé différent des lettres selon leur position posent de réels problèmes. Les véritables résistances à l’introduction de l’imprimerie sont ailleurs. Raisons économiques d’abord : les copistes constituent une puissante corporation et une source de revenus importante. Raisons culturelles ensuite : le savoir intellectuel et religieux est détenu par les oulemas, partisans de la tradition et hostiles aux réformes. Le système de transmission du savoir obéit à des règles strictes de vérification des textes que bouleverse la standardisation de l’imprimé.
En outre, l’écriture arabe jouit d’un prestige bien plus grand que celle d’un simple instrument de communication : liée dès la révélation coranique à la parole de Dieu, elle est investie d’une forte dimension spirituelle et esthétique. Des facteurs politiques s’ajoutent enfin : les sultans Bayazid II en 1485 et Selim Ier en 1515 interdisent aux musulmans d’imprimer des textes en arabe et en turc dans l’Empire ottoman et ses provinces.

 



 

 
Le rôle des Européens
C'est en Europe que sont réalisées au XVIe siècle les premières impressions en caractères arabes avec un double objectif : d'une part permettre aux humanistes d'étudier les textes originaux ; d'autre part établir des relations entre les autorités catholiques et les communautés chrétiennes d’Orient. Le premier ouvrage en caractères arabes est ainsi un livre de prières chrétiennes, édité en Italie à Fano en 1514, suivi en 1516 à Gênes par un psautier multilingue. Les impressions se multiplient à Rome autour de l’Imprimerie médicéenne qui publie des ouvrages religieux et quelques textes profanes. Malgré les importants efforts consentis, ces impressions ne rencontrent que peu d’écho. Leur diffusion dans les pays arabes reste un échec commercial. Elles ont cependant permis aux savants européens de travailler sur les
traductions.




 
Premières imprimeries en Orient
Dès le XVe siècle, la typographie est apparue dans l’Empire ottoman parmi les communautés juives, grecques et arméniennes. les premières tentatives d’édition ont lieu vers 1610 en Syrie et au Liban, dans le milieu chrétien. Mais une imprimerie est installée à Alep qu'un siècle plus tard. En quatre-vingts ans, seuls vingt-neuf livres seront imprimés en arabe : livres religieux mais aussi manuels de lecture pour les chrétiens qui peu à peu abandonnent le syriaque pour l'arabe. Les thèmes des livres publiés par les chrétiens changeront au début du XIXe siècle, avec l’ouverture d’écoles.

 
Pendant ce temps, la première typographie faite par et pour des musulmans naît à Istanbul au cœur même de l’Empire ottoman. Cette nouveauté voit le jour grâce au mouvement de réforme des institutions politiques, administratives et militaires qui traverse le pouvoir sous le sultanat d’Ahmet III (1673-1736). Le sultan autorise par un décret impérial – entériné par les autorités religieuses conservatrices – l’ouverture d’imprimeries. Mais les livres religieux restent rigoureusement interdits. Entre 1729 et 1742, la presse fait paraître dix-sept livres d’histoire, de géographie, de sciences ou de langue majoritairement en turc. L’imprimerie au service du progrès culturel se heurte encore à l’attachement du public lettré pour le manuscrit et au nombre peu élevé de lecteurs.
 
 
Le succès de la lithographie

Parallèlement à ces tentatives se met en place une autre technique d’impression, la lithographie, qui connaît un vif succès durant tout le XIXe siècle. Cette technique permet une reproduction fidèle du texte et des formes de la calligraphie arabe. Elle contribue grandement au développement de l’édition imprimée. Ne constituant pas une rupture avec le manuscrit, dont les livres restent très proches d’aspect, la lithographie ne menace pas la corporation des copistes, qui s’adaptent très vite à ce nouveau procédé en transcrivant sur pierre et non plus sur papier. Des styles d’écriture déliés comme le maghribî en Afrique du Nord ou le nasta‘lîq en Iran s'y prête d'ailleurs bien. Au début du XXe siècle, la lithographie est encore le principal mode d’impression du Coran.
   


 

 
L’implantation progressive de l’imprimerie
À côté des éditions lithographiées se développent peu à peu des imprimeries à caractères mobiles. En 1798, une presse est introduite en Égypte avec l’expédition de Bonaparte, mais cesse son activité avec l’évacuation des troupes françaises. Ouverte au Caire en 1822, l'imprimerie de Bûlâq fonctionne avec une équipe de typographes égyptiens assistés de quelques Européens. Au cœur du mouvement de renaissance culturelle – la nahda – elle va fournir tous les pays arabes en livres pendant des décennies. Fondée pour les besoins de l’armée et de l’administration, elle édite le journal officiel et les textes de lois, mais imprime surtout des traductions en arabe d’ouvrages européens techniques, scientifiques ou linguistiques ainsi que de nombreux ouvrages classiques en arabe, turc et persan. Alternativement aux mains de l’État ou de particuliers, son monopole cesse avec la création d’autres imprimeries au Caire qui devient la capitale du livre arabe. À la fin du XIXe siècle, près de dix mille ouvrages ont été publiés.
Le Liban, province ottomane où la communauté chrétienne avait depuis longtemps une forte demande de livres imprimés, devient avec l’Égypte le grand centre d’édition. Le développement de la typographie accompagne les mouvements de renouveau culturel, de modernisation politique, d’ouverture sur l’Occident et d’éveil des indépendances. Dans le même temps, les journaux connaissent un développement spectaculaire. Seuls les pays du Maghreb resteront plus longtemps attachés à la lithographie.
 

 

Le document de la BNF n’évoque le Maroc que de façon très elliptique, en fin d’article, mais on peut en déduire que, seule, au mieux, la reproduction par lithographie semble avoir pu y être utilisée. Une centaine d’exemplaire au maximum à la fois…..

 

La bibliothèque de l’Université Qaraouine, qui passe pour être la plus ancienne, doit (entr’)ouvrir ses portes prochainement. J’essaierai d’aller y faire un tour……