L’article
dans lequel je rapportais des propos sur l’introduction (très) tardive de
l’imprimerie au Maroc, comme (une des) causes de la perte progressive
d’influence du monde arabe depuis 5 siècles, a suscité quelques réactions de
lecteurs (en fait, soyons honnête, quelque réaction de lecteur, au
singulier) : comment ? Et le Coran ? Il n’aurait donc pas été
imprimé, au Maghreb, avant le début du XXème siècle ? Et le Maroc n’aurait
donc produit que des copies manuscrites ? Ou importé des Livres Saints
depuis l’étranger ?
Je
suis parti à la recherche de sources, et j’ai trouvé ceci :
http://expositions.bnf.fr/livrarab/arret_sur/imprimes/texte.htm
Les entraves à l’implantation de l’imprimerie
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Pour des
raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles,
l’imprimerie à caractères mobiles s’implante très tardivement dans le monde
arabo-musulman. Quelques tentatives isolées, plus ou moins réussies et liées
à des milieux très précis, ont lieu entre le XVIe siècle et la fin
du XVIIIe siècle en Europe et au Moyen-Orient. Mais ce n’est qu’au
milieu du XIXe que l’imprimerie commence réellement à concurrencer
la copie manuscrite.
Dès le XVIe
siècle, les imprimeurs français et italiens ont trouvé des solutions pour
restituer typographiquement l’écriture arabe, dont les ligatures et le tracé
différent des lettres selon leur position posent de réels problèmes. Les
véritables résistances à l’introduction de l’imprimerie sont ailleurs.
Raisons économiques d’abord : les copistes constituent une puissante
corporation et une source de revenus importante. Raisons culturelles
ensuite : le savoir intellectuel et religieux est détenu par les oulemas,
partisans de la tradition et hostiles aux réformes. Le système de
transmission du savoir obéit à des règles strictes de vérification des textes
que bouleverse la standardisation de l’imprimé.
En outre,
l’écriture arabe jouit d’un prestige bien plus grand que celle d’un simple
instrument de communication : liée dès la révélation coranique à la
parole de Dieu, elle est investie d’une forte dimension spirituelle et
esthétique. Des facteurs politiques s’ajoutent enfin : les sultans
Bayazid II en 1485 et Selim Ier en 1515 interdisent aux
musulmans d’imprimer des textes en arabe et en turc dans l’Empire ottoman et
ses provinces.
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L’implantation progressive de l’imprimerie
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À côté des
éditions lithographiées se développent peu à peu des imprimeries à caractères
mobiles. En 1798, une presse est introduite en Égypte avec l’expédition de
Bonaparte, mais cesse son activité avec l’évacuation des troupes françaises.
Ouverte au Caire en 1822, l'imprimerie de Bûlâq fonctionne avec une équipe de
typographes égyptiens assistés de quelques Européens. Au cœur du mouvement de
renaissance culturelle – la nahda – elle va fournir tous les pays
arabes en livres pendant des décennies. Fondée pour les besoins de
l’armée et de l’administration, elle édite le journal officiel et les textes
de lois, mais imprime surtout des traductions en arabe d’ouvrages européens
techniques, scientifiques ou linguistiques ainsi que de nombreux ouvrages
classiques en arabe, turc et persan. Alternativement aux mains de l’État ou
de particuliers, son monopole cesse avec la création d’autres imprimeries au
Caire qui devient la capitale du livre arabe. À la fin du XIXe
siècle, près de dix mille ouvrages ont été publiés.
Le Liban,
province ottomane où la communauté chrétienne avait depuis longtemps une
forte demande de livres imprimés, devient avec l’Égypte le grand centre
d’édition. Le développement de la typographie accompagne les mouvements de
renouveau culturel, de modernisation politique, d’ouverture sur l’Occident et
d’éveil des indépendances. Dans le même temps, les journaux connaissent un
développement spectaculaire. Seuls les pays du Maghreb resteront plus
longtemps attachés à la lithographie.
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Le
document de la BNF n’évoque le Maroc que de façon très elliptique, en fin
d’article, mais on peut en déduire que, seule, au mieux, la reproduction par
lithographie semble avoir pu y être utilisée. Une centaine d’exemplaire au
maximum à la fois…..
La
bibliothèque de l’Université Qaraouine, qui passe pour être la plus ancienne,
doit (entr’)ouvrir ses portes prochainement. J’essaierai d’aller y faire un
tour……