vendredi 27 janvier 2017

Encore l'imprimerie




L’article dans lequel je rapportais des propos sur l’introduction (très) tardive de l’imprimerie au Maroc, comme (une des) causes de la perte progressive d’influence du monde arabe depuis 5 siècles, a suscité quelques réactions de lecteurs (en fait, soyons honnête, quelque réaction de lecteur, au singulier) : comment ? Et le Coran ? Il n’aurait donc pas été imprimé, au Maghreb, avant le début du XXème siècle ? Et le Maroc n’aurait donc produit que des copies manuscrites ? Ou importé des Livres Saints depuis l’étranger ?

Je suis parti à la recherche de sources, et j’ai trouvé ceci :

 

http://expositions.bnf.fr/livrarab/arret_sur/imprimes/texte.htm

 

 
Les entraves à l’implantation de l’imprimerie
 
Pour des raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles, l’imprimerie à caractères mobiles s’implante très tardivement dans le monde arabo-musulman. Quelques tentatives isolées, plus ou moins réussies et liées à des milieux très précis, ont lieu entre le XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle en Europe et au Moyen-Orient. Mais ce n’est qu’au milieu du XIXe que l’imprimerie commence réellement à concurrencer la copie manuscrite.
Dès le XVIe siècle, les imprimeurs français et italiens ont trouvé des solutions pour restituer typographiquement l’écriture arabe, dont les ligatures et le tracé différent des lettres selon leur position posent de réels problèmes. Les véritables résistances à l’introduction de l’imprimerie sont ailleurs. Raisons économiques d’abord : les copistes constituent une puissante corporation et une source de revenus importante. Raisons culturelles ensuite : le savoir intellectuel et religieux est détenu par les oulemas, partisans de la tradition et hostiles aux réformes. Le système de transmission du savoir obéit à des règles strictes de vérification des textes que bouleverse la standardisation de l’imprimé.
En outre, l’écriture arabe jouit d’un prestige bien plus grand que celle d’un simple instrument de communication : liée dès la révélation coranique à la parole de Dieu, elle est investie d’une forte dimension spirituelle et esthétique. Des facteurs politiques s’ajoutent enfin : les sultans Bayazid II en 1485 et Selim Ier en 1515 interdisent aux musulmans d’imprimer des textes en arabe et en turc dans l’Empire ottoman et ses provinces.

 



 

 
Le rôle des Européens
C'est en Europe que sont réalisées au XVIe siècle les premières impressions en caractères arabes avec un double objectif : d'une part permettre aux humanistes d'étudier les textes originaux ; d'autre part établir des relations entre les autorités catholiques et les communautés chrétiennes d’Orient. Le premier ouvrage en caractères arabes est ainsi un livre de prières chrétiennes, édité en Italie à Fano en 1514, suivi en 1516 à Gênes par un psautier multilingue. Les impressions se multiplient à Rome autour de l’Imprimerie médicéenne qui publie des ouvrages religieux et quelques textes profanes. Malgré les importants efforts consentis, ces impressions ne rencontrent que peu d’écho. Leur diffusion dans les pays arabes reste un échec commercial. Elles ont cependant permis aux savants européens de travailler sur les
traductions.




 
Premières imprimeries en Orient
Dès le XVe siècle, la typographie est apparue dans l’Empire ottoman parmi les communautés juives, grecques et arméniennes. les premières tentatives d’édition ont lieu vers 1610 en Syrie et au Liban, dans le milieu chrétien. Mais une imprimerie est installée à Alep qu'un siècle plus tard. En quatre-vingts ans, seuls vingt-neuf livres seront imprimés en arabe : livres religieux mais aussi manuels de lecture pour les chrétiens qui peu à peu abandonnent le syriaque pour l'arabe. Les thèmes des livres publiés par les chrétiens changeront au début du XIXe siècle, avec l’ouverture d’écoles.

 
Pendant ce temps, la première typographie faite par et pour des musulmans naît à Istanbul au cœur même de l’Empire ottoman. Cette nouveauté voit le jour grâce au mouvement de réforme des institutions politiques, administratives et militaires qui traverse le pouvoir sous le sultanat d’Ahmet III (1673-1736). Le sultan autorise par un décret impérial – entériné par les autorités religieuses conservatrices – l’ouverture d’imprimeries. Mais les livres religieux restent rigoureusement interdits. Entre 1729 et 1742, la presse fait paraître dix-sept livres d’histoire, de géographie, de sciences ou de langue majoritairement en turc. L’imprimerie au service du progrès culturel se heurte encore à l’attachement du public lettré pour le manuscrit et au nombre peu élevé de lecteurs.
 
 
Le succès de la lithographie

Parallèlement à ces tentatives se met en place une autre technique d’impression, la lithographie, qui connaît un vif succès durant tout le XIXe siècle. Cette technique permet une reproduction fidèle du texte et des formes de la calligraphie arabe. Elle contribue grandement au développement de l’édition imprimée. Ne constituant pas une rupture avec le manuscrit, dont les livres restent très proches d’aspect, la lithographie ne menace pas la corporation des copistes, qui s’adaptent très vite à ce nouveau procédé en transcrivant sur pierre et non plus sur papier. Des styles d’écriture déliés comme le maghribî en Afrique du Nord ou le nasta‘lîq en Iran s'y prête d'ailleurs bien. Au début du XXe siècle, la lithographie est encore le principal mode d’impression du Coran.
   


 

 
L’implantation progressive de l’imprimerie
À côté des éditions lithographiées se développent peu à peu des imprimeries à caractères mobiles. En 1798, une presse est introduite en Égypte avec l’expédition de Bonaparte, mais cesse son activité avec l’évacuation des troupes françaises. Ouverte au Caire en 1822, l'imprimerie de Bûlâq fonctionne avec une équipe de typographes égyptiens assistés de quelques Européens. Au cœur du mouvement de renaissance culturelle – la nahda – elle va fournir tous les pays arabes en livres pendant des décennies. Fondée pour les besoins de l’armée et de l’administration, elle édite le journal officiel et les textes de lois, mais imprime surtout des traductions en arabe d’ouvrages européens techniques, scientifiques ou linguistiques ainsi que de nombreux ouvrages classiques en arabe, turc et persan. Alternativement aux mains de l’État ou de particuliers, son monopole cesse avec la création d’autres imprimeries au Caire qui devient la capitale du livre arabe. À la fin du XIXe siècle, près de dix mille ouvrages ont été publiés.
Le Liban, province ottomane où la communauté chrétienne avait depuis longtemps une forte demande de livres imprimés, devient avec l’Égypte le grand centre d’édition. Le développement de la typographie accompagne les mouvements de renouveau culturel, de modernisation politique, d’ouverture sur l’Occident et d’éveil des indépendances. Dans le même temps, les journaux connaissent un développement spectaculaire. Seuls les pays du Maghreb resteront plus longtemps attachés à la lithographie.
 

 

Le document de la BNF n’évoque le Maroc que de façon très elliptique, en fin d’article, mais on peut en déduire que, seule, au mieux, la reproduction par lithographie semble avoir pu y être utilisée. Une centaine d’exemplaire au maximum à la fois…..

 

La bibliothèque de l’Université Qaraouine, qui passe pour être la plus ancienne, doit (entr’)ouvrir ses portes prochainement. J’essaierai d’aller y faire un tour……

 

 


lundi 23 janvier 2017

La confrérie des éveillés



Désolé, je suis un peu trop souvent en France en ce moment pour nourrir correctement cette chronique. Heureusement, mes lectures restent tournées vers l'outre méditerranée et je viens vous proposer aujourd'hui un livre de Jacques Attali intitulé « La confrérie des éveillés » (2/3 roman 1/3 chronique historique). Bon, ce n’est pas un sommet de littérature (si Attali savait écrire, ça se saurait!)*, mais quelle belle histoire que celle de la rencontre entre le philosophe juif Maïmonide et Averroes. L'histoire se déroule au mitan du XIIème siècle, à Cordoue et à Fès, et nos deux personnages ont bien vécu dans cette dernière ville à ce même moment, celui de la prise de pouvoir de la dynastie almohade, rétrograde s'il en fut en matière d'interprétation des paroles du Prophète. Or c'est précisément à cette époque qu'Averroes fut le premier à traduire Aristote en arabe. Vous imaginez le barouf ! C'est Descartes qui aurait débarqué chez Ben Laden !!! L’introduction de la raison dans le monde de la révélation !

Toute ressemblance avec des personnages et des situations de l'époque contemporaine ne serait bien évidemment pas fortuite !

 

*Christine a fait des pieds et des mains pour me faire enlever ce commentaire. Elle a sûrement raison, sur le fond (qui suis-je pour juger la qualité de la prose attalienne ?), mais sur la forme, avec tout ce qu'il a déjà pissé comme copie, voulez-vous me dire pourquoi Attali n'est pas encore à l'Académie ? Bon, Giscard, c'est encore pire et il y est bien pourtant !

lundi 16 janvier 2017

La fête au village




Chaabt recevait hier en grande pompe une association de jeunes de Fès qui avait récolté des dons pour le village: tente berbère dressée devant le gite,
 
visite du pacha et du président de la municipalité de Boulemane et nos deux Fatima avaient mis, vous l'imaginez, les petits plats dans les grands,


un vrai régal pour....72 convives!


Plutôt rassurant de voir un plein bus d’étudiants, qui s’étaient levés à 6 heures du matin un dimanche, pour aller se geler les miches dans un bled perdu


et distribuer vêtements et nourriture. Malgré (à cause ?) le (du) froid, la journée n’a été que chants, danses, blagues et rigolade. Je ne connaissais pas encore le concept de discothèque ambulante : le bus du retour m’en a offert l’occasion.










mercredi 11 janvier 2017

Said a tort



Pour faire suite à l’article d’hier, je suis en mesure d’affirmer que Saïd a tort : l’armée française n’a pas exterminé tous les dinosaures au Maroc.
La preuve :


mardi 10 janvier 2017

Les dinosaures et l’armée française


La semaine dernière, je suis allé faire une randonnée en montagne avec Maxime,
du côté de chez mon ami Said, berger et guide de son état. Said, il n'a jamais été à l'école et a appris le français sur le tas, avec ses clients. Dimanche, il nous a amené voir un site où se trouvent des traces de dinosaure fossilisées,







dans le lit d'une rivière encaissée, dominée par un ancien fortin de l'armée française.

Et Said de nous expliquer benoitement que "les dinosaures, les soldats français leur tiraient dessus d'en haut et que c'est pour ça qu'y en a plus". On lui a fait répéter, et puis on a laissé tomber. Quand vous pensez que, en plus, sans doute la majorité de la population marocaine n'a jamais entendu parler de Darwin et de l'évolution..... Cela m'a aussi fait penser que, cela n'est pas si vieux, la grand-mère italienne de Christine s'inquiétait, au début des années 70, de l'augmentation du trafic aérien, que "ça devait bien gêner les sorcières".... J'imagine que c'est pour ça que les avions ont un manche à balai.